À Istres comme sur l’ensemble de l’ouest de l’étang de Berre, la question des mobilités douces ne peut pas être réduite à quelques pistes cyclables supplémentaires. Elle touche à notre manière de vivre la ville, de rejoindre les écoles, les commerces, les équipements publics, les zones d’emploi, les gares et les communes voisines.
Un enjeu central : sortir progressivement du réflexe voiture
Sur l’ouest de l’étang de Berre, l’enjeu est clair : réduire une dépendance à la voiture encore très forte, tout en rendant crédibles des alternatives sur des distances souvent moyennes à longues. Le territoire est étendu, les bassins de vie sont dispersés, les pôles d’emploi industrialo-portuaires jouent un rôle majeur, et de nombreux habitants doivent composer avec des horaires décalés ou des trajets complexes.
Istres n’est donc pas une ville compacte où tout pourrait se régler par quelques rues piétonnisées ou quelques bandes cyclables. Notre territoire fonctionne par quartiers, par axes, par liaisons vers Miramas, Fos-sur-Mer, Saint-Chamas, Martigues, Port-de-Bouc ou les zones d’activité.
C’est précisément pour cette raison qu’il faut prendre les mobilités douces au sérieux. Elles ne doivent pas être pensées comme un affichage écologique ou comme une contrainte imposée aux automobilistes, mais comme une alternative crédible, sécurisée et réellement utile.
Un cadre métropolitain ambitieux, mais encore inégal
La Métropole Aix-Marseille-Provence a adopté son Plan de Mobilité, avec une trajectoire fixée à l’horizon 2030. Ce plan vise notamment à mieux organiser les déplacements, à réduire la place de la voiture, à augmenter l’usage des transports collectifs et à développer un réseau cyclable continu et sécurisé.
La Métropole affiche notamment plusieurs objectifs structurants : une réduction de la place de la voiture, une progression importante de la part modale du vélo et une hausse de l’usage des transports collectifs urbains. Sur le papier, le cap est donc clair.
Mais sur le terrain, la réussite dépendra de la capacité à transformer ces grandes orientations en solutions concrètes pour les habitants de l’ouest de l’étang de Berre. Ce secteur ne peut pas être traité comme le centre de Marseille ou d’Aix-en-Provence. Ici, il faut raisonner en corridors, en rabattements vers les gares, en connexions entre communes, en accès aux zones d’emploi et en continuités sécurisées.
Un socle de transport collectif existe déjà
Le territoire dispose déjà d’une base utile avec le réseau lebus Ouest Étang, qui relie neuf communes : Istres, Miramas, Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Grans, Cornillon-Confoux, Martigues, Port-de-Bouc et Saint-Mitre-les-Remparts.
Ce réseau s’articule autour de liaisons structurantes entre les grands pôles du secteur, complétées par des lignes de desserte plus locales. C’est un point important, car les mobilités douces ne doivent pas être pensées seules. Le vélo, la marche, le bus, les parkings relais, les gares et les pôles d’échanges doivent former un système complet.
Un itinéraire cyclable n’a de véritable impact que s’il permet de rejoindre facilement un arrêt de bus, une gare, un équipement public, un commerce ou un lieu d’emploi. C’est cette logique d’intermodalité qui doit guider l’action publique.
Des projets structurants sur l’ouest de l’étang
Plusieurs projets métropolitains renforcent progressivement l’armature de mobilité autour de l’étang de Berre.
À Miramas, le Bus+ BAM a été mis en service en avril 2025. Il relie l’avenue Jean Moulin au Village de Marques en 18 minutes, avec une fréquence annoncée de 10 minutes en heures de pointe et 20 minutes en heures creuses. Ce projet s’accompagne également de 1,7 km de pistes cyclables créées dans la continuité du plan vélo de la ville.
Le prolongement du Zenibus, inauguré en janvier 2026, concerne davantage l’est de l’étang, mais il participe à la transformation globale des déplacements métropolitains, avec une extension de 7 kilomètres, de nouvelles voies réservées et une meilleure desserte de pôles économiques majeurs.
Le futur Bus+ entre Martigues et Port-de-Bouc constitue également un projet structurant pour l’ouest de l’étang. Il doit desservir les centres-villes, de grands équipements comme l’hôpital de Martigues, des établissements scolaires et le parc de Figuerolles, avec un parcours de plus de 13 km et 27 stations.
Ces projets ne se situent pas tous directement à Istres, mais ils structurent l’ensemble de l’arc ouest. Ils doivent être regardés comme des colonnes vertébrales autour desquelles les mobilités douces peuvent jouer un rôle essentiel de rabattement.
Istres a engagé un virage vélo
Istres a amorcé une évolution importante avec le développement de son réseau cyclable. La ville a engagé un plan visant à créer plusieurs pistes cyclables bidirectionnelles, avec des tronçons déjà réalisés ou engagés, notamment vers la Romaniquette, vers Saint-Chamas ou sur certains axes nord-sud.
Ce virage est positif. Pendant longtemps, Istres a été perçue comme une ville très automobile. Le développement d’itinéraires cyclables marque donc une prise de conscience et une évolution nécessaire.
Mais il faut désormais franchir une deuxième étape : passer de la piste cyclable isolée au réseau complet.
Une piste, aussi bien réalisée soit-elle, ne change pas les habitudes si elle s’interrompt brutalement, si elle ne mène pas à une école, à un équipement sportif, à un commerce, à la gare, au centre-ville ou à un axe intercommunal. Ce qui change les pratiques, c’est la continuité.
Le vrai enjeu : rendre Istres “cyclable utile”
Pour Istres, la priorité n’est pas simplement d’ajouter des kilomètres de pistes cyclables. La priorité est de rendre la ville cyclable utile.
Cela signifie que les habitants doivent pouvoir se déplacer en sécurité entre les quartiers, les écoles, les équipements publics, les commerces, les lieux de loisirs, les arrêts de bus, la gare, les parkings relais et les axes vers les communes voisines.
Le vélo doit être pensé comme une solution du quotidien, pas seulement comme un loisir du dimanche. Les trajets les plus réalistes sont souvent les plus proches : accompagner les enfants à l’école, rejoindre le centre-ville, aller faire une course, se rendre à un entraînement sportif, accéder à l’étang ou rejoindre un arrêt de transport structurant.
C’est là que les mobilités douces peuvent produire des effets rapides, visibles et acceptables.
Les limites actuelles : discontinuité, distances et sécurité
La principale faiblesse reste la discontinuité. Entre Istres, Fos-sur-Mer, Miramas, Martigues, Port-de-Bouc et les zones d’activité, les coupures urbaines, les grands axes routiers et les distances rendent les déplacements doux plus difficiles.
Le vélo fonctionne déjà pour certains trajets internes à la ville ou vers quelques axes ciblés. Mais il reste insuffisant comme solution généralisée si les liaisons intercommunales ne sont pas continues, protégées et lisibles.
L’autre limite est culturelle et pratique. Beaucoup d’Istréens travaillent dans des zones industrielles, logistiques, commerciales ou portuaires, parfois avec des horaires décalés. Dans ces conditions, un bon plan vélo ne suffit pas. Il faut des correspondances efficaces, des bus fiables, des stationnements sécurisés, des parkings relais, des itinéraires éclairés, des abris vélos et une vraie lisibilité de l’offre.
Les mobilités douces souffrent aussi souvent d’un déficit d’effet réseau. Un itinéraire isolé peut être utile, mais il ne change pas profondément les habitudes. Ce qui compte, c’est la capacité à enchaîner des trajets sûrs du domicile à l’école, au centre-ville, à la gare, au port, à l’arrêt de bus ou à la zone d’emploi.
Une opportunité pour l’ouest de l’étang de Berre
La transition industrielle et environnementale du golfe de Fos et de l’étang de Berre ouvre une fenêtre importante. Le développement des mobilités alternatives doit accompagner les transformations économiques du territoire, en particulier autour des grands pôles d’emploi.
Pour Istres, c’est une vraie opportunité. La ville peut devenir un maillon fort de cette transition si elle réussit à connecter trois mondes : le centre-ville, les quartiers périphériques et les axes intercommunaux.
Si ces trois niveaux restent séparés, les aménagements seront utiles mais dispersés. S’ils sont reliés, ils peuvent changer durablement les habitudes.
Les grands projets à surveiller
| Projet | Zone concernée | Horizon ou état d’avancement | Intérêt pour les mobilités |
|---|---|---|---|
| Bus+ BAM à Miramas | Ouest de l’étang de Berre | Mis en service en avril 2025 | Renforcer une liaison structurante, améliorer le report modal et créer des continuités avec les modes doux. |
| Prolongement du Zenibus | Marignane, Vitrolles, Plan-de-Campagne | Inauguré en janvier 2026 | Améliorer la connexion d’un grand bassin de mobilité et desservir des pôles économiques majeurs. |
| Bus+ Martigues–Port-de-Bouc | Bassin ouest | Projet structurant annoncé pour les prochaines années | Créer une colonne vertébrale de transport collectif entre deux communes majeures de l’ouest de l’étang. |
| BHNS d’Istres | Istres, notamment quartiers ouest | Projet métropolitain à suivre | Desservir les quartiers en développement et organiser une meilleure articulation entre bus, vélo et marche. |
| Réseau vélo d’Istres | Istres | En cours | Structurer les trajets de proximité, relier les quartiers et renforcer les liaisons vers les équipements, l’étang et les communes voisines. |
Notre position : avancer avec pragmatisme
Les mobilités douces ne doivent pas opposer les habitants entre eux. Il ne s’agit pas de culpabiliser ceux qui ont besoin de leur voiture. Il ne s’agit pas non plus de faire du vélo un marqueur réservé à quelques-uns.
Il s’agit de proposer des alternatives crédibles, sûres et accessibles. Une ville bien pensée doit permettre à chacun de choisir le bon mode de déplacement selon son besoin : marcher quand c’est possible, prendre le vélo quand le trajet est sécurisé, utiliser le bus quand il est régulier, prendre la voiture quand elle reste nécessaire.
Pour Istres, la bonne méthode repose sur quelques priorités simples :
- relier les pistes cyclables entre elles ;
- sécuriser les abords des écoles ;
- connecter les quartiers au centre-ville ;
- faciliter l’accès aux équipements sportifs, culturels et commerciaux ;
- renforcer les liaisons vers la gare, les arrêts de bus et les futurs pôles d’échanges ;
- prévoir du stationnement vélo sécurisé ;
- articuler vélo, marche, bus, parkings relais et covoiturage ;
- penser les liaisons avec Saint-Chamas, Miramas, Fos-sur-Mer et l’étang.
Conclusion : faire des mobilités douces une solution du quotidien
Istres a commencé à prendre le virage des mobilités douces. Mais le véritable enjeu commence maintenant : transformer des aménagements ponctuels en un réseau cohérent, continu et utile.
La ville ne deviendra pas moins dépendante de la voiture avec des formules toutes faites, mais avec des solutions concrètes, continues et utiles aux habitants. Pour cela, il faut une vision d’ensemble, des priorités claires, une coordination avec la Métropole et une attention constante aux usages réels des habitants.
Les mobilités douces ne sont pas un sujet secondaire. Elles touchent à la qualité de vie, au pouvoir d’achat, à la santé, à l’accès aux services publics, à l’attractivité du territoire et à la place que nous voulons donner aux habitants dans leur ville.
À Istres, l’objectif doit être simple : permettre à chacun de se déplacer mieux, plus sûrement, plus librement.
Sources utiles
- Métropole Aix-Marseille-Provence — Le Plan de Mobilité
- La Métropole Mobilité — Secteur lebus Ouest Étang
- Métropole Aix-Marseille-Provence — Le Bus+ à Miramas
- Métropole Aix-Marseille-Provence — Le prolongement du Zenibus inauguré
- Métropole Aix-Marseille-Provence — Projet Bus+ Martigues–Port-de-Bouc
- Métropole Aix-Marseille-Provence — Programme BHNS Istres